L'histoire commence en 1993. Titulaire de 2 BEP, sténo dactylo et comptabilité (BAC -2), j'entame ma "carrière professionnelle".
Quand on est peu diplômée, les portes du CDI dans une grande entreprise restent fermées. On vous recrute, oui, mais pour du court terme. Vous n'êtes jamais assimilé à la masse salariale de l'entreprise. Le lien le plus faible que j'ai eu, pour une grande entreprise de l'industrie automobile, était nommé BEX (bureau extérieur). J'étais en mission d'intérim chez un prestataire qui me détachait sur le site de production de véhicules. Dans les documents, seul mon CV atteste que J'étais sur les lieux.
Et ça a duré comme ça une trentaine d'années. Des contrats courts ou plus long, la plupart du temps, j'ai fait partie de cette masse salariale qu'on dissimule aux yeux des marchés. Jusqu'à travaillé en sous-sol, faire 2 ans de période d'essai, un an d'intérim, un an de cdd, sans congés, avec un salaire proche du smic, pour n'être pas gardée.
J'ai vite compris que les entreprises ne me rendraient pas mon investissement. Donc, souvent aussi, je n'ai pas hésité à partir. J'ai dû me faire virer de missions d'intérim 3 fois. Sinon, soit je suis à l'origine du départ, soit c'est une fin de contrat.
J'ai travaillé dans plus de 30 entreprises. Sur 15 ans, ça fait 2 par an. En intérim, c'est un minimum. Depuis août 2024, j'en suis à ma troisième boîte. J'ai 57 ans.
Entre les emplois, des périodes de chômage allant de une semaine à plusieurs mois.
Je parle de cette situation qui est aussi celle de millions de chômeurs qui travaillent dans l'ombre parce que personne n'en parle. Nulle part il n'est dit qu'il existe une population active pour laquelle tout est plus dur, exclue des cdi confortables. La médaille du travail, on peut s'asseoir dessus même si mille fois on a fait le job.
Je rappelle que chaque trimestre plus de deux millions de chômeurs sont en activité et que, d'un trimestre à l'autre, certains sortent de l'emploi quand d'autres y rentrent.

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